26/06/2005

Les curiosités de l'été / 1

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Voilà l'été !

La canicule est là, les grands-mères, armées de leurs beaux brumisateurs tout neufs attendaient ce moment avec impatience : maintenant elles peuvent enfin étrenner leurs beaux cadeaux du ministère de la santé publique. J'imagine déjà les batailles endiablées à coups de spray de brumisateurs dans les maisons de retraite, de quoi redonner une seconde (ou une troisième, quatrième, cinquième) jeunesse à nos aînés. "Infirmièèèèère y a Josette qui m'a visée en plein visage !" - "Même pas vrai, et puis c'est Huguette qui a commencé".

Seul problème : il y a pénurie d'eau un peu partout... Alors quid de ces brumisateurs, devront-ils retourner au fond des placards, attendant la saison hivernale pour servir de pulvérisateurs de neige carbonique sur les sapins de Noël en plastique ? Non, car voici peut-être une solution : remplacer l'eau dans les brumisateurs par de l'insecticide, de l'eau de javel, du gaz sarin ou tout autre produit dont l'efficacité sur l'humain et toute autre forme de vie terrestre n'est plus à prouver.

Ainsi, nos ministres pourront annoncer fièrement à la télévision : "Non, ce n'est pas la canicule qui a tué les personnes âgées dans le pays". A l'ignorance et à la bêtise humaine répondra toujours une forme plus cynique et plus obscure de manipulation : la crapulerie politicienne. Et après ils diront que c'était pour stimuler l'emploi dans les pompes funèbres...

10/02/2005

L'amour mord...

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"Rose, rose, mais quelle est la cause ? Il a dû se passer quelque chose..." chantait Patricia Kaas il y a quelques années. Actuellement, pas besoin d'être une fille de l'Est ou une môme de Paris pour voir la vie en rose : du rose pâle au rouge écarlate, les murs de la ville se déclinent en des couleurs censées évoquer l'amour. Non pas l'"Hymne à l'amour" de Dutronc, ce serait trop beau et trop classe pour être vrai, non l'amour mièvre, l'amour mou, l'amour façon comédie romantique avec Hugh Grant (sans la prostituée dans sa voiture avec qui il s'est fait prendre en flag' à Los Angeles).

Le sale gamin Cupide a encore frappé avec ses flèches en acier galvanisé, transformant l'élu(e) de votre coeur en monstre tyrannique assoiffé d'attentions et de cadeaux. Fini les soirées pépère en pantoufles affalé devant la télévision, la vaisselle qui traîne un peu partout dans la cuisine, les courses en retard, les repas micro-ondes à la va-vite et les maigres économies fruits de durs labeurs. Voici venu le temps des vaches maigres et du sacrifice conjugal. Vous l'aimiez, il/elle vous aimait comme vous étiez ? C'est fini tout ça : Cupidon le mioche et ses auxiliaires médiatiques ont tôt fait de souligner au marqueur fluorescent tous vos petits défauts (qui jusqu'à présent n'en étaient pas), vos tares congénitales, vos manques de performances... et vous marquer au fer rouge du sceau de l'homme ou de la femme définitivement imparfait, dans l'obligation de réussir une sous-épreuve de preuve d'amour, sous peine de retrouver à l'insu de votre plein gré votre liberté séductionnelle.

Et vous voilà au centre commercial ou à l'hypermarché de votre ville, à la recherche DU cadeau qui pourra lui faire oublier tout ce que ses copains/copines, ses magazines, émissions de télé... ont pu faire transparaître de négatif en vous. C'est là que le stress commence : vous transpirez, vous avez les mains moites, l'air bête, vous errez tel un malade d'Alzheimer abandonné dans une ville inconnue. Les passants, les vendeuses, personne ne peut rien pour vous. Vous êtes seul, le compte à rebours a commencé, Cupidon vous défoncera avec ses flèches empoisonnées si vous ne remplissez pas cette satanée mission : trouver un fichu cadeau bien fichu pour l'être bien aimé. Tic-tac, tic-tac, tic-tac, le temps s'écoule, indifférent à votre angoisse.

Tout paraît futile : si vous lui achetez de la lingerie, il/elle s'imaginera que vous le trouvez mal fringué la plupart du temps ou pas assez sexy au naturel. A voir le nombre d'hommes qui se ruent sur ce type d'articles, j'imagine la déconvenue de pas mal de femmes : "quoi ? je ne t'excite plus sans string léopard ?", "tu aurais pû me dire que tu me trouvais horriblement plate sans soutien-gorge à armatures liftantes !". Et inversément aussi. Dans le même registre, le repas au resto est aussi à proscrire - surtout pour les hommes - car il risque d'entraîner le même effet que la lingerie : la remise en question de son apparence physique : toute femme qui mange grossit, et quand elle ne grossit pas alors qu'elle mange, elle y croit quand même, ce qui fait que toute femme (ou presque) se sent grosse, prête à céder à la première cure régime miracle qui passe dans son magazine féminin préféré ou au premier psy compatissant, cupide voire même concupiscent (j'adore ce mot, cela dit au passage...). Et là, la tyrannie durera plus que quelques jours : vous ne pourrez plus manger vos chips devant les matchs de foot à la télé, vous mangerez des produits insipides et pourtant horriblement chers (du light, du diététique quoi !), vous subirez un entrainement sportif digne des gymnastes russes (autrement dit, régime pain sec, eau et exercices) et vous devrez endurer une thérapie de couple où vos moindres faits et gestes seront sujets à discussion, où votre vie sexuelle sera décrite et analysée dans les détails les plus obscurs et intimes par un psy avide et curieux. Prenez garde messieurs ! Pareil pour les dames, emmener son homme au resto, quelle intention louable mais quelle catastrophe ensuite : il soulignera inévitablement après vos piètres talents culinaires, ira peut-être même jusqu'à dire que "c'est meilleur chez maman", injure suprême. Une solution possible : l'inviter au Mac Do, il y a peu de risques qu'il préfère les macmenus à votre tambouille habituelle. Enfin, le pire, le sommum de la déception masculine et féminine, ce sont les cadeaux stéréotypés : le robot ménager pour madame, la super trousse à outils pour monsieur. En clair : "t'as qu'à faire la bouffe" ou "t'as qu'à réparer tout ce qui tombe en panne dans la maison".

Fort de ces conseils, vous vous rabattez finalement sur la déco : une potiche (une de plus, oui !) ou un joli cadeau personnalisé, comme un poster géant de vous, que de bonnes idées ! Mais ce faisant, vous savez pertinemment que vous êtes à votre tour diabolique et tyrannique, ce qui n'est en fait qu'un juste retour des choses : ce cadeau déco le/la poursuivra, il/elle sera obligé de le mettre bien en évidence dans son bureau, dans le séjour ou dans la chambre, de le voir quotidiennement, de penser à vous à travers cet objet.

Game over - wanna play again ?

25/12/2004

La tyrannie du Père Noël

medium_zzz502d.jpgEt revoilà Noël... Noël, fête magique, avec son cortège de cadeaux, de plaisirs culinaires et de retrouvailles en tout genre. Noël, c'est aussi une organisation, un vaste business avec un plan marketing réglé au millimètre. Noël, c'est formidable ! Depuis début décembre, je me délecte des dépliants promotionnels et autres bons de réduction "généreusement" distribués dans les boîtes aux lettres : c'est beau, ça se lit sans fin (et sans faim) lorsqu'on se prend un petit quart d'heure en solitaire aux toilettes. Noël, c'est une multinationale du rêve : les dépliants, les pubs et les programmes à la télévision nous renvoient à une image d'Epinal de l'enfance, celle du Noël blanc, où le temps s'écoule lentement, où il fait chaud dans les chaumières et froid dehors, celle où tout le monde se retrouve autour d'une table et d'une fête. Mais Noël est avant tout une vaste supercherie et une machine à uniformiser les conduites et produire des normes.

Tout d'abord, Noël est une supercherie :
- on nous parle de bonne bouffe : en janvier, à n'en point douter, on nous parlera de régimes miracles, de cures amaigrissantes et d'entrainements minceur. En attendant, on se goinfre au Tricatel en imaginant accéder au luxe, toucher au bonheur suprême le temps d'un repas. Je reprendrais bien un peu de dinde synthétique aux hormones, s'il vous plaît.
- au risque de décevoir certains, le Père Noël n'existe pas. Par contre, le village du Père Noël peuplé de gentils petits elfes qui vendent des jolis souvenirs à prix coûtants existe bel et bien.
- on parle de retrouvailles, de fêtes familiales : il n'y a en réalité rien de pire que la famille. Entre la vieille mémé qui se lâche après trois verres de champ' et cause ouvertement de ses hémorroïdes au moment d'entamer le plat de résistance et le jeune con d'ado prépubère et boutonneux qui grogne tout seul à intervalles réguliers "ouaaaaais" "pfffff c'est nuuuuuul", le repas de Noël a tout du vaudeville. C'est le moment où on pense très fort à son amant ou à sa maîtresse en jouant les couples parfaits devant la famille ou les amis. Le moment où on ment : par omission, par délicatesse, par lâcheté, par politesse, par humour... par bonheur, bien souvent, les convives ne s'en rendent pas compte. En voici quelques exemples :
> "Ooooooh le jôôôli pot de fleurs (ou tout autre cadeau "original")... mais il ne fallait pas" (traduction : non il aurait vraiment mieux pas fallu).
> "Soyez les bienvenus" (traduction : prière de débarrasser le plancher avant minuit, les sacs de couchage dans le salon, ça fait désordre).
> "Marie-Cécile (ou tout autre prénom féminin), tu t'es surpassée ce soir" (traduction : d'habitude c'est franchement dégueulasse, aujourd'hui ça ne l'est qu'à moitié... t'as fait appel à un traiteur ?).
> "Comme c'est jôôôli chez vous, vous êtes vraiment bien installés" (traduction : j'ai vu des SDF en bas de votre immeuble). > "Et les enfants, comme ils ont bien grandi" (traduction : maintenant qu'ils savent que le Père Noël n'existe pas, je ne suis plus obligée de me coltiner des cadeaux pour eux ?).
> "Ca nous a fait plaisir de vous revoir" (traduction : et ça nous fera encore plus plaisir de ne plus vous revoir avant le prochain Noël).

Noël, par conséquent, est une machine à uniformiser les conduites et produire des normes : si on ne fête pas Noël, on est socialement perçu comme étant pauvre ou sans famille et sans amis. Pourtant, parfois, il faut se forcer pour supporter mémé et ses hémorroïdes, le sale gamin nihiliste et le couple de menteurs idéal... Il faut se forcer pour s'empiffrer au Tricatel en sachant pertinemment que, comme à chaque début d'année, il va falloir refaire du sport et reprendre ces grosses gélules amincissantes aux extraits naturels de plantes qui dégagent une odeur qui arrange salement l'haleine pour la journée. Il faut se forcer pour écouter les chants de Noël, les concerts de Pavarotti, les bêtisiers, la messe de Noël et la bénédiction papale : oui, on aurait mauvaise conscience si on ne le faisait pas, un peu comme si, depuis quinze ou vingt ans, on croyait savoir ou on s'imaginait que c'était la dernière fois, qu'on allait manquer un moment historique, la dernière messe de Jean-Paul II. Il faut se forcer pour sortir dans les magasins, pousser pour entrer, pousser pour sortir, pousser pour aller là où on voudrait aller, avant de se rendre compte que les rayons ont été déplacés ou qu'il n'y a déjà plus de couteau à huitres ou de cartouche de jeux Mystic Quest pour le Noël du merdeux nihiliste.
Il faut se forcer à faire comme les autres. Se forcer à être comme les autres. Se forcer à être aussi con. Ca laisse de l'espoir pour l'avenir. Comme l'a dit un grand penseur américain (George "Deubelyouw" Bush pour ne pas le citer), l'avenir sera meilleur demain. A vos bonnes résolutions... !

19/12/2004

Pour l'amour de l'art...


J'ai deux passions dans la vie : la télé et les supermarchés.

Avant hier j'ai commis l'irréparable. Je m'étais jurée de ne pas céder à la mode - j'ai tenu trois saisons et demi - et là, en m'entrainant pour le record du monde de zapping synchro, voilà que je tombe (plus en syncope qu'en pamoison) devant la "demi-finale dames" de la Star Academy. Puisqu'il n'en reste plus que deux, je me dis que ça doit être les plus présentables qui sont en lice. Et je regarde. En fin de compte, j'ai passé une bonne soirée... d'humour. C'est peut-être ça le principe de la téléréalité : nous faire croire que ce à quoi on assiste est réel. C'est de la magie de producteur, un tour de passe-passe caméravisuel. Du grand art en tout cas. Le show m'a fait penser à du Hollywood Chewing-Gum : l'emballage est acidulé, maquillé comme une gamine de 13 ans, le produit en lui-même étant mou et interminable (et dans interminable, chacun sait qu'il a le mot "inter"). Quelle chance on a en ce début de 21e siècle d'avoir la Star Academy pour nous révéler de nouveaux talents ! De jolies jeunes filles qui chantent des jolies ballades toutes sucrées et formatées grand public. Même si je n'ai pas jeté le moindre oeil même distrait sur les précédentes éditions, je ne suis pas parvenue à passer à côté de ces disques, largement distribués (même comme musique d'ambiance à l'hyper Carrefour, c'est dire !). Bref, les gagnantes sont TOUTES jolies, chantent des chansons TOUTES mignonnes qui font le bonheur des directeurs d'hypermarchés - à moins que ce ne soit des caissières en chef ?

Trois éditions, trois gagnantes, trois styles relativement identiques (les puristes y verront des différences, mais bon, que ce soit Knorr ou Liebig, ça reste toujours de la soupe, non ?)... statistiquement, ça devient lourd, très lourd même. Posant une probabilité de 0,5 de victoire féminine en finale (puisqu'on oppose toujours une fille à un garçon en finale) et l'indépendance des différentes victoires entre elles (qu'elles soient masculines ou féminines), en vertu de la loi de Bernoulli, on peut dire que ces trois victoires féminines successives dans les différentes éditions avaient 0,5 fois 0,5 fois 0,5 probabilité de se produire, soit 0,125 c'est-à-dire 12,5 %. Surprenant. Cela signifie que la probabilité que, sur les trois éditions précédentes, un garçon gagne au moins une fois était de 87,5 %. Pas de chance messieurs... La chance sourit aux audacieux et aux cocus, dès lors les candidats masculins de la Star Ac' doivent être couillons et avoir des copines fidèles. On est déjà moins triste pour eux qui passent à chaque fois à côté d'un million d'euros (gloups !). On ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le petit cul de la crémière. TF1 a, semble-t-il, résolu le problème : les émissions et les disques font du beurre, qui rapporte du beurre et les culs des crémières qui poussent la chansonnette sont aussi exportables... Who knows ?

Je ne devrais plus regarder la télé aussi tard. Je devrais me contenter d'arpenter les supermarchés, ces vastes musées de la consommation contemporaine, à la recherche de la prochaine gagnante de la Star Ac'.