31/01/2005

C'est pour rire une fois dis - l'actualité belge actuelle d'aujourd'hui

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J'ai remarqué que, depuis quelques notes, mon blog ne reçoit plus aucun commentaire. Par contre, il est de plus en plus lu et je vous en remercie tous.

Aujourd'hui, article spécial humour belge, ou tout sur l'art d'être drôle sans le savoir, sans le vouloir et parfois même en dormant. Je vais donc vous présenter, façon Borniol (ou comme dirait Frank Sinatra, I did it my way, enfin, façon moi quoi, parce que je le vaux bien), trois informations parues dans les médias de vos voisins au Nord des gens du Nord.

Pour éviter les médisances et autres nuisances sonores de langues de vipère égarées sur ce blog, je voudrais insister sur le fait que les articles écrits dans la communauté "Belgique" (du moins jusqu'à présent) se basent sur les conséquences de l'échafaudage institutionnel complexe et à l'équilibre précaire sur lequel est fondé le pays, qui conduit parfois à des situations irréelles et grotesques. Il ne s'agit pas de mettre en exergue le ridicule des Belges (parce qu'on pourrait en dire tout autant des Français, des Espagnols, des Italiens, des Allemands... et que ce serait franchement déplacé à l'heure de l'Union Européenne) mais d'informer, d'étonner, de réfléchir sur le fonctionnement d'un système politique parmi d'autres. A bon entendeur !
Borniol - 31/01/2005


1. Une ministre fait installer une salle de bains de 6500 € dans son cabinet
En Belgique, la gauche semble beaucoup aimer ce qui brille, les paillettes, le strass et le pouvoir. Présente dans presque tous les gouvernements (technique des "compromis à la belge", également appelée "multipartite", permettant à presque tous les partis d'être au pouvoir, au prix d'une cacophonie digne de la Star Ac'), le parti socialiste belge se conjugue à tous les échelons du pouvoir. Et le parti socialiste, comme tout le monde le sait, est le parti des travailleurs, le parti des gens qui souhaitent une société plus juste, plus libre, plus égale, qui demandent une meilleure répartition des richesses. Bref, historiquement et idéologiquement, le parti socialiste défend les travailleurs qui gagnent leur vie à la sueur de leur front. Peut-être par mimétisme sur les militants, peut-être par jusqu'au-boutisme, les ministres socialistes belges suent aussi du front. Et d'ailleurs. On n'imagine pas à quel point le travail dans un cabinet ministériel est salissant et nécessite une bonne douche avant de rentrer chez soi. Voici quelques situations-types particulièrement salissantes :
- rester plusieurs heures assis dans un fauteuil (pensons particulièrement au cuir, réflecteur de chaleur) entraine une transpiration pouvant être abondante au niveau du fessier et des cuisses, aggravée par la matière du vêtement porté (le synthétique empêchant la "respiration des fibres"). N'oublions pas les problèmes de fuites urinaires, longuement détaillés dans une publicité diffusée l'après-midi juste avant l'épisode quotidien de Derrick sur France 2.
- un autre danger majeur qui guette les élites ministérielles réside dans les renversements de liquides en tout genre. Le café, adjuvant caféiné des longues discussions, est également un ennemi redoutable : renversé sur le corps, il peut entrainer des brûlures superficielles (c'est-à-dire une incapacité de travail d'au moins... trois mois ?), renversé sur les vêtements, il donne une impression de malpropreté difficile à accepter par un représentant du pouvoir, renversé sur le bureau, il empêche tout travail pour plusieurs heures (le temps de trouver un chiffon propre pour éponger, le temps d'éponger, le temps de constater qu'on s'est sali les mains et les manches de chemise en épongeant, le temps d'aller prendre une douche et de laver ses vêtements avant de paraître à nouveau, tel le phénix renaissant, sur le seuil de son bureau).
- les spots lumineux engendrent un excès de sudation particulièrement insupportable par temps chaud. Or, nos ministres pourraient-ils travailler dans le noir ? Bien sûr que non. De même qu'il n'est pas envisageable de travailler à la lumière du jour : les pots de vins seraient par là même rendus visibles. Alors que leur reste-t-il ? Les lumières artificielles et la transpiration qui l'accompagne : localisée sur le front (voire sur l'ensemble de la boîte crânienne pour les collaborateurs chauves ou rasés), cette transpiration risque d'entrainer une paralysie totale des cellules nerveuses (d'où la lenteur administrative, phénomène bien connu du citoyen de base) mais elle peut aussi lentement descendre sur le corps, d'où le caractère poisseux et douteux du corps ministériel.
Oui, il existe des professions à risque, des professions salissantes et ces quelques mots permettent de confirmer ceci : les ministres font un métier particulièrement exposé, au point qu'ils devraient réclamer une retraite anticipée et une prime de risque à la hauteur des dangers auxquels ils sont quotidiennement soumis.

2. Le ministre de la mobilité veut instaurer des cours de conduite automobile dans les programmes officiels de terminale
La Belgique est couramment décrite comme un "mauvais élève" par les études européennes, que ce soit en matière d'enseignement ou de taux de chômage : d'après ces enquêtes, les jeunes seraient mal formés (du moins dans l'enseignement obligatoire, primaire et secondaire) et il y aurait trop de chômeurs. Le ministre de la mobilité a donc sa réponse au double problème : enseigner aux jeunes des savoirs utiles, qui leur permettraient plus facilement de trouver un emploi. Belle idée à première vue, mais il s'agit d'une idée belge, donc douteuse. Et drôle. Il considère donc que le permis de conduire est un savoir utile. En effet, en Belgique, il y a plus de kilomètres d'autoroute par kilomètre carré que dans n'importe quel autre pays. Mais pour conduire, il faut pouvoir lire les panneaux de signalisation (sinon on se perd) et calculer (le prix de son assurance auto, par exemple, surtout quand on est jeune... €€€€). Conduire est un atout pour travailler, lorsqu'on a d'autres atouts à faire valoir auprès d'employeurs; autrement les jeunes belges ne seront que des routiers internationaux (pour les plus intelligents) ou des chauffeurs-livreurs (pour ceux qui ne savent pas aller plus loin que leur village sans se perdre). Et puis, des savoirs utiles, il y en a beaucoup d'autres qu'il faudrait enfin prendre en compte : la danse, le chant, le sourire devant les caméras (pour franchir les présélections de la Star Academy), la cuisine (indispensable pour les filles, pour pouvoir se marier), l'art de s'occuper des enfants et comment faire des enfants à la chaine (pour pouvoir toucher plein d'allocations de maternité et d'allocations familiales et pour payer la Mercédès neuve à crédit), par exemple...

3. Le Guide Rouge Michelin accorde des étoiles aux restaurants en construction
En Belgique, nous avons une particularité : nous éditons un Guide Michelin des restaurants en construction. Les collaborateurs de l'édition belge sont en fait des astrologues et des voyants très réputés, qui peuvent dire suivant les coordonnées géographiques d'un établissement et suivant le nombre de billets dans l'enveloppe glissée sous la table du chantier quelle sera la valeur gastronomique du restaurant. En effet, il faut croire dans notre plat pays que les matériaux de construction se mêlent aux plats cuisinés à un point tel que connaître les matériaux suffit pour juger de la qualité de la cuisine. A quand les restaurants à manger (puisqu'il existe déjà bien dans le langage usuel des "salles à manger") ?

Comme vous le voyez, la Belgique ne va pas plus mal qu'avant... et il y a certainement pire ailleurs. Belgium One Point ?

16/01/2005

L'Inspecteur Derrick et nous

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J'avais décidé - il y a bien longtemps je l'avoue - de ne jamais me laisser aller à écrire des textes au sujet de la vacuité et de la banalité affligeante (et redondante) du quotidien de tous les jours... Au risque de sombrer moi-même dans cette vacuité banalement affligeante, je dois bien aussi avouer que ma formation et les métiers auxquels elle m'a préparé consistent très concrètement à fouiller dans les poubelles matérielles et mentales de mes voisins au sens large. Vous quoi. Prenez garde, j'arrive, tel l'Inspecteur Derrick à bord de sa BM 525 1973 kaki à six cylindres...

Derrick, c'est une image d'Epinal : en fait, c'est l'archétype du justicier des temps modernes, le pourfendeur d'une certaine conception de l'ordre social. Derrick intervient toujours pour restaurer un ordre pré-établi lorsqu'il a été ébranlé ou mis en péril par des individus s'écartant de ce que nous pourrions communément nommer la "norme". Cela signifie par conséquent que Derrick ne s'oppose pas exclusivement à la déliquance, comme son statut d'inspecteur de police pourrait le laisser penser, mais également à tout individu s'écartant un peu trop des principes et modes de vie les plus courants : les rockers, les hippies sont entre autres particulièrement visés. On pourrait ainsi penser que Derrick refuse le changement et prône un certain statu quo sociétal où la mobilité sociale et les phénomènes de mode sont exclus ou négligés. Paradoxalement, Derrick constitue en lui-même un étrange phénomène de mode : depuis près de trente ans, il est diffusé en continu sur plusieurs chaines et chaque interruption de diffusion est suivie d'un tollé de protestations de téléspecteurs livides et perdus.

Alors quoi ? Pourquoi aimons-nous tant cet inspecteur qui va à l'encontre de toute évolution, de toute modernité ? Tout simplement parce que nous aimons Derrick (la réponse était comprise dans la question !). Outre le physique sculptural de Horst Tappert qui fait rêver les jeunes filles en fleurs (chères à Dave) à travers le monde, Derrick nous rassure. Derrick, c'est notre Nounours car nous sommes des petits Nicolas et des petites Pimprenelle en quête de sécurité morale. Le monde évolue plus vite que ce que nous sommes capables d'assumer comme changements : l'adaptation se produit certes toujours (autrement nous serions des inadaptés, perdus dans un monde que nous ne comprendrions pas du tout) mais avec retard. L'évolution est floue et labile, elle nous échappe toujours et nous sommes condamnés à courir derrière elle, à nous modeler suivant les formes qu'elle prend : par exemple, les technologies informatiques nous obligent à nous remettre en question, à nous former en permanence. Chez Derrick, rien de tout ça : Derrick a un gros téléphone vert, tout ce qu'il y a de plus simple. Derrick n'a pas de portable, il a fait installer le téléphone dans sa voiture au cours des années 80, mais il lui arrive souvent de ne pas répondre à ses appels. Derrick a méprisé l'informatique jusqu'à son dernier épisode en 1998. Internet, n'en parlons pas... Derrick traverse les époques, tel le roc que nous aimerions tous être. Derrick est fort pour nous, fort comme nous voudrions être. En plus Derrick incarne l'ordre et la justice. Dans pareilles circonstances, comment ne pas l'aimer ? Ceux qui critiquent Derrick critiquent en fait les gens que le changement inquiète, qui préféreraient plus de stabilité, plus de continuité dans la société, à moins qu'ils ne méprisent par ce fait même toute perspective de changement, masquant alors leurs propres angoisses existentielles face à l'évolution sociétale.

Les débats pro ou anti Derrick me fatiguent particulièrement : la question n'est pas tant d'aimer ou de ne pas aimer cet inspecteur et la beauté d'Apollon de l'acteur principal, mais de comprendre la raison pour laquelle il est si polémique et si présent sur les petits écrans depuis trois décennies. L'important, c'est de poser les vrais débats et d'ouvrir les yeux sur le quotidien, même le plus anodin, car c'est là que nos plus grands secrets résident... A la prochaine !

03/01/2005

Considérations tragico-dérangeantes

medium_zzz304ab.jpgEn ce début d'année où beaucoup de nos chers concitoyens (ou ce qu'il en reste) contemplent leur nombril alourdi par les orgies culinaires de ces derniers jours et se posent des questions existentialo-astrologiques, je vous salue bien bas et, par fatigue neuro-sensorielle ou par lâcheté créative, vous souhaite une bonne année 2005.

J'apprécie toujours beaucoup dans les cartes de voeux quand l'auteur souligne bien qu'il adresse des voeux pour l'année nouvelle (en l'occurrence ici 2005), au cas où, voulant prendre moins de risques - toutes les années n'étant pas bonnes -, il aurait préféré par exemple souhaiter des voeux pour 1987 ou 1999... Donc, pour toutes précisions utiles, ces voeux sont valables pour 2005 - c'est-à-dire pour une durée maximale d'un an, sans reconduction tacite et sans garantie de réalisation effective. Parfois on envoie des voeux sans vraiment souhaiter qu'ils se réalisent, sans s'inquiéter ou s'enquérir qu'ils puissent éventuellement se réaliser.

Le problème est l'action, le moteur de l'individu dans nos sociétés est, comme son nom même d'individu l'indique, éminemment égoïste et égocentrique : on reproche l'annulation d'un feu d'artifice le soir du réveillon, on se soucie de l'éventualité très hypothétique d'un raz de marée submergeant la côte belge ("de belgische kust", frontière linguistique oblige) ou les campings au bord de la Méditerrannée mais on fait en définitive très peu pour les autres, qu'ils soient à l'autre bout du monde ou dans sa ville. Si on souhaite la paix dans le monde, ce n'est pas tant parce qu'on aime le monde, parce qu'on se sent concerné par les tragédies qui s'y déroulent quotidiennement mais parce que sa paix à soi, sa tranquillité intérieure nécessite une image apaisée de ce qui se passe ailleurs. Les conditions modernes sont telles que les frontières spatio-temporelles se sont réduites et rapprochées de soi tout en restant à un stade purement abstrait et réflexif : on se sent proche mais on reste centré sur soi. La proximité n'a d'effet que dans la mesure où elle affecte l'individu dans la perception de son quotidien. En particulier, le sentiment de sécurité est ébranlé : les tragédies et les catastrophes naturelles affectent des gens "comme soi" et pourraient aussi arriver à un endroit "comme ici". Le "là" et le "alors" pourraient très bien se muer en "ici" et en "maintenant". Alors on en parle, beaucoup, partout, pour exorcicer la peur, pour conjurer les mauvais pressentiments. La catastrophe, quelle qu'elle soit, est un mythe : elle fait vendre, elle fait aussi vivre, c'est un moteur essentiel de la vie (et ce, quelle que soit l'époque). Grâce aux médias, on est "aware", conscientisé sans être directement touché : cela permet de donner du sens à nos actes, à notre existence tranquille d'ici et de maintenant, qui ne peut exister qu'en regard de cet ailleurs catastrophique. Si tout était calme, apaisé, uniformisé, "édenisé", qu'est-ce qu'on s'emmerderait !

L'individu ne peut vivre, trouver du sens à son existence sans ce cynisme comparatif. En réalité, nous ne sommes pas cyniques, nous sommes humains. L'enjeu majeur de notre univers mondialisé réside probablement dans l'humanisation de l'humain, dans la transformation positive d'un réflexe a priori négatif.

Post editum :
J'ai classé cette note dans la communauté "sociologie". Certains pourraient s'offusquer de cette classification leur semblant "douteuse" par rapport aux canons de la sociologie : en effet, aucune citation n'est faite, aucune relation claire et précise à une théorie ou à un auteur. Mon DEA sous le bras (et mes projets de thèse actuellement dans le cul...), j'estime que toute science (et la sociologie, en tant que science du social, en particulier) se doit d'être proche de ceux qu'elle prend pour objet et leur apporter un éclairage sur leurs pratiques, leurs modes de pensée, leurs conduites. Le sociologue n'est pas un apprenti sorcier ou une sorte de mage surplombant la société : au contraire, de ses recherches doit ressortir une grille de compréhension du monde intelligible et accessible à tous, pour donner aux individus les moyens de gérer eux-mêmes leur évolution et le sens qu'ils souhaitent donner à celle-ci.

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