25/12/2004
La tyrannie du Père Noël
Et revoilà Noël... Noël, fête magique, avec son cortège de cadeaux, de plaisirs culinaires et de retrouvailles en tout genre. Noël, c'est aussi une organisation, un vaste business avec un plan marketing réglé au millimètre. Noël, c'est formidable ! Depuis début décembre, je me délecte des dépliants promotionnels et autres bons de réduction "généreusement" distribués dans les boîtes aux lettres : c'est beau, ça se lit sans fin (et sans faim) lorsqu'on se prend un petit quart d'heure en solitaire aux toilettes. Noël, c'est une multinationale du rêve : les dépliants, les pubs et les programmes à la télévision nous renvoient à une image d'Epinal de l'enfance, celle du Noël blanc, où le temps s'écoule lentement, où il fait chaud dans les chaumières et froid dehors, celle où tout le monde se retrouve autour d'une table et d'une fête. Mais Noël est avant tout une vaste supercherie et une machine à uniformiser les conduites et produire des normes.
Tout d'abord, Noël est une supercherie :
- on nous parle de bonne bouffe : en janvier, à n'en point douter, on nous parlera de régimes miracles, de cures amaigrissantes et d'entrainements minceur. En attendant, on se goinfre au Tricatel en imaginant accéder au luxe, toucher au bonheur suprême le temps d'un repas. Je reprendrais bien un peu de dinde synthétique aux hormones, s'il vous plaît.
- au risque de décevoir certains, le Père Noël n'existe pas. Par contre, le village du Père Noël peuplé de gentils petits elfes qui vendent des jolis souvenirs à prix coûtants existe bel et bien.
- on parle de retrouvailles, de fêtes familiales : il n'y a en réalité rien de pire que la famille. Entre la vieille mémé qui se lâche après trois verres de champ' et cause ouvertement de ses hémorroïdes au moment d'entamer le plat de résistance et le jeune con d'ado prépubère et boutonneux qui grogne tout seul à intervalles réguliers "ouaaaaais" "pfffff c'est nuuuuuul", le repas de Noël a tout du vaudeville. C'est le moment où on pense très fort à son amant ou à sa maîtresse en jouant les couples parfaits devant la famille ou les amis. Le moment où on ment : par omission, par délicatesse, par lâcheté, par politesse, par humour... par bonheur, bien souvent, les convives ne s'en rendent pas compte. En voici quelques exemples :
> "Ooooooh le jôôôli pot de fleurs (ou tout autre cadeau "original")... mais il ne fallait pas" (traduction : non il aurait vraiment mieux pas fallu).
> "Soyez les bienvenus" (traduction : prière de débarrasser le plancher avant minuit, les sacs de couchage dans le salon, ça fait désordre).
> "Marie-Cécile (ou tout autre prénom féminin), tu t'es surpassée ce soir" (traduction : d'habitude c'est franchement dégueulasse, aujourd'hui ça ne l'est qu'à moitié... t'as fait appel à un traiteur ?).
> "Comme c'est jôôôli chez vous, vous êtes vraiment bien installés" (traduction : j'ai vu des SDF en bas de votre immeuble). > "Et les enfants, comme ils ont bien grandi" (traduction : maintenant qu'ils savent que le Père Noël n'existe pas, je ne suis plus obligée de me coltiner des cadeaux pour eux ?).
> "Ca nous a fait plaisir de vous revoir" (traduction : et ça nous fera encore plus plaisir de ne plus vous revoir avant le prochain Noël).
Noël, par conséquent, est une machine à uniformiser les conduites et produire des normes : si on ne fête pas Noël, on est socialement perçu comme étant pauvre ou sans famille et sans amis. Pourtant, parfois, il faut se forcer pour supporter mémé et ses hémorroïdes, le sale gamin nihiliste et le couple de menteurs idéal... Il faut se forcer pour s'empiffrer au Tricatel en sachant pertinemment que, comme à chaque début d'année, il va falloir refaire du sport et reprendre ces grosses gélules amincissantes aux extraits naturels de plantes qui dégagent une odeur qui arrange salement l'haleine pour la journée. Il faut se forcer pour écouter les chants de Noël, les concerts de Pavarotti, les bêtisiers, la messe de Noël et la bénédiction papale : oui, on aurait mauvaise conscience si on ne le faisait pas, un peu comme si, depuis quinze ou vingt ans, on croyait savoir ou on s'imaginait que c'était la dernière fois, qu'on allait manquer un moment historique, la dernière messe de Jean-Paul II. Il faut se forcer pour sortir dans les magasins, pousser pour entrer, pousser pour sortir, pousser pour aller là où on voudrait aller, avant de se rendre compte que les rayons ont été déplacés ou qu'il n'y a déjà plus de couteau à huitres ou de cartouche de jeux Mystic Quest pour le Noël du merdeux nihiliste.
Il faut se forcer à faire comme les autres. Se forcer à être comme les autres. Se forcer à être aussi con. Ca laisse de l'espoir pour l'avenir. Comme l'a dit un grand penseur américain (George "Deubelyouw" Bush pour ne pas le citer), l'avenir sera meilleur demain. A vos bonnes résolutions... !
18:55 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : humour
19/12/2004
Pour l'amour de l'art...

J'ai deux passions dans la vie : la télé et les supermarchés.
Avant hier j'ai commis l'irréparable. Je m'étais jurée de ne pas céder à la mode - j'ai tenu trois saisons et demi - et là, en m'entrainant pour le record du monde de zapping synchro, voilà que je tombe (plus en syncope qu'en pamoison) devant la "demi-finale dames" de la Star Academy. Puisqu'il n'en reste plus que deux, je me dis que ça doit être les plus présentables qui sont en lice. Et je regarde. En fin de compte, j'ai passé une bonne soirée... d'humour. C'est peut-être ça le principe de la téléréalité : nous faire croire que ce à quoi on assiste est réel. C'est de la magie de producteur, un tour de passe-passe caméravisuel. Du grand art en tout cas. Le show m'a fait penser à du Hollywood Chewing-Gum : l'emballage est acidulé, maquillé comme une gamine de 13 ans, le produit en lui-même étant mou et interminable (et dans interminable, chacun sait qu'il a le mot "inter"). Quelle chance on a en ce début de 21e siècle d'avoir la Star Academy pour nous révéler de nouveaux talents ! De jolies jeunes filles qui chantent des jolies ballades toutes sucrées et formatées grand public. Même si je n'ai pas jeté le moindre oeil même distrait sur les précédentes éditions, je ne suis pas parvenue à passer à côté de ces disques, largement distribués (même comme musique d'ambiance à l'hyper Carrefour, c'est dire !). Bref, les gagnantes sont TOUTES jolies, chantent des chansons TOUTES mignonnes qui font le bonheur des directeurs d'hypermarchés - à moins que ce ne soit des caissières en chef ?
Trois éditions, trois gagnantes, trois styles relativement identiques (les puristes y verront des différences, mais bon, que ce soit Knorr ou Liebig, ça reste toujours de la soupe, non ?)... statistiquement, ça devient lourd, très lourd même. Posant une probabilité de 0,5 de victoire féminine en finale (puisqu'on oppose toujours une fille à un garçon en finale) et l'indépendance des différentes victoires entre elles (qu'elles soient masculines ou féminines), en vertu de la loi de Bernoulli, on peut dire que ces trois victoires féminines successives dans les différentes éditions avaient 0,5 fois 0,5 fois 0,5 probabilité de se produire, soit 0,125 c'est-à-dire 12,5 %. Surprenant. Cela signifie que la probabilité que, sur les trois éditions précédentes, un garçon gagne au moins une fois était de 87,5 %. Pas de chance messieurs... La chance sourit aux audacieux et aux cocus, dès lors les candidats masculins de la Star Ac' doivent être couillons et avoir des copines fidèles. On est déjà moins triste pour eux qui passent à chaque fois à côté d'un million d'euros (gloups !). On ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le petit cul de la crémière. TF1 a, semble-t-il, résolu le problème : les émissions et les disques font du beurre, qui rapporte du beurre et les culs des crémières qui poussent la chansonnette sont aussi exportables... Who knows ?
Je ne devrais plus regarder la télé aussi tard. Je devrais me contenter d'arpenter les supermarchés, ces vastes musées de la consommation contemporaine, à la recherche de la prochaine gagnante de la Star Ac'.
17:15 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : humour
16/12/2004
De la belgitu[d]e

Je suis belge. Mes amis étrangers me disent que c'est pas trop grave, qu'il suffit que je parle sans faire de fautes et sans prendre d'accent nasillardo-stupide (à ce sujet, en vacances près de Bordeaux cet été, un commerçant m'a demandé de quel arrondissement parisien je venais... la preuve que l'accent belge n'est pas incurable !). Malheureusement j'aime les frites et le chocolat (j'ai déjà essayé les frites - salées - au chocolat mais c'est vraiment pas top). Un autre problème, c'est qu'il m'arrive de rire des blagues sur les Belges. Il m'arrive aussi de rire des Belges. De la monarchie belge. Des affres d'un petit pays de cocagne où on passe un temps fou à se crêper le chignon entre communautés. C'est pas qu'on est plus cons que les autres mais, bien souvent, on a tendance à le faire exprès... la méthode Coué à l'envers en quelque sorte.
Voici un article que j'ai publié dans un journal wallon à tendance républicaine, Toudi. Le papelard n'est pas beaucoup distribué mais, puisque le concept me semble exportable, je vous en fais profiter...
Ils parlent d’une « Belgique créative et solidaire », d’une « Belgique démocratique », d’un Etat uni autour des valeurs de justice, d’égalité, de solidarité. Ils parlent beaucoup, dans toutes les langues. Ils parlent à nous, aux autres, de nous et des autres. Ils parlent partout, dans la rue, dans les journaux, les radios, les télévisions. La télévision ! Notre boîte à rêves, notre divertissement quotidien, notre évasion à bon marché. Ils parlent souvent sans qu’on les comprenne. Ou alors ils parlent pour nous embobiner ?
Ils parlent souvent de gens qui nous paraissent familiers. Des gens qu’on voit partout, dans les journaux, les télévisions. Pas trop dans la rue. Des gens propres sur eux. Des gens bien habillés, bien coiffés. Des gens respectés. Des gens qui vont aux spectacles. Des gens qui font de bons repas. Des gens qui circulent sur des tapis rouges. Des gens qui voient défiler les chars chaque année. Des gens titrés. Des gens couronnés. Des gens comme nous ? Il paraît. Ou alors pour nous embobiner ?
Comme nous mais différents… Mais où est la démocratie, la justice, l’égalité ? Dans la télévision ! Des ondes hertziennes aux réseaux cablés en passant par les satellites, des milliers de chaînes pour nous, pour les autres, des millions de programmes, des émissions le jour, la nuit, la semaine, le week-end. Notre pouvoir à son apogée, notre droit de savoir, de vivre – quitte à ce que ce soit par procuration -, de donner libre cours à nos penchants, nos aspirations, notre liberté de dire non. Notre force dont ils usent comme d’une faiblesse. Son instrument : la télécommande, dit le zappeur (voire chez certains la zappette). Et ses auxiliaires démocratiques : internet, minitel, téléphone, SMS. La télévision est notre pouvoir, la télévision est leur lieu de pouvoir. Entre les deux, une voie : la démocratie télévisuelle.
Tout commencerait par un grand jeu. Ou plutôt par un grand divertissement quotidien, de la télé-réalité à l’état pur. Cela s’appellerait « La Famille en Or ». Subtil mélange de « Star Academy », de « Loft Story » et de « Koh Lanta » (oublions « L’île de la tentation » pour le moment : ce sera pour quand la famille gagnante aura été désignée…), les familles candidates viendraient s’installer dans un château pendant plusieurs mois (il y a le choix : Laeken, Belvédère, Stuyvenberg, Argenteuil…). Filmées en permanence par de nombreuses caméras (y compris sous les douches et dans la piscine), les familles suivraient une formation accélérée préparant au règne, accompagnées par une batterie de professeurs spécialisés. On leur apprendrait la danse, la diction, le maintien, les bonnes manières, les préséances, … Pas de formation intellectuelle : l’histoire a démontré à suffisance qu’il n’en était nul besoin pour cette fonction. Pas de diplômes honorifiques ni d’enseignements bradés : la démocratie se doit d’être juste et équitable. Plus encore, la démocratie télévisuelle et son dieu audimat ne sauraient supporter la tromperie. Zap.
Le pouvoir de la réalité, le pouvoir de faire changer la réalité, le pouvoir ouvert à tous : les trois fondements de la démocratie télévisuelle. Une représentativité totale. Des familles pauvres et des familles riches. Des familles heureuses et des familles désunies. Des familles nucléaires et des familles nombreuses. Des familles de toutes origines sociales, culturelles, ethniques, … Des familles d’ouvriers, d’employés, de cadres, …, toutes sur le même pied d’égalité, confrontées aux mêmes épreuves, soumises aux mêmes exercices, dépendantes du même jugement : le nôtre, celui de tous, qui donne à la démocratie son plein sens. Plus de famille monolithique, définitivement posée en maître de la nation : la démocratie exige de placer à notre sommet le meilleur d’entre nous, suivant la volonté de tous. Chaque semaine on voterait, si on veut (car la démocratie c’est aussi la liberté de s’inscrire ou non dans une œuvre collective), pour éliminer la famille qui nous paraîtrait la moins convaincante, la moins apte à régner sur nos pauvres vies. « Pour la famille Dupont, tapez 1 ; pour la famille Lambert, tapez 2 ; pour la famille Peeters, tapez 3 ; … ». Les épreuves, les exercices dirigés par les professeurs tiendraient une place importante dans nos jugements mais le choix dépendrait aussi de qualités intrinsèques à la famille et à ses membres considérés individuellement : leur charme, leur humour, leur force de caractère, leur tempérament, leurs délires, leurs disputes et naturellement leurs infidélités retiendraient également toute notre attention. Plus seulement leur vanité, leur paresse ou leur stupidité. Car la démocratie télévisuelle a le devoir de nous soigner en tant que consommateurs avides de savoir, découvrir, juger, critiquer les moindres faits et gestes de ceux qu’elle étale sur nos écrans. Si nous votons, c’est en toute liberté, c’est à la fois pour nous, pour combler nos besoins, nos attentes, et pour les autres, pour le bien-être et le bonheur de tous (et donc le nôtre). Nous ne sommes que des produits façonnés par les médias et la démocratie télévisuelle est l’outil de notre réhumanisation ainsi que celui de leur victoire sur le réel, sur le pouvoir. La démocratie télévisuelle réinstaure une démocratie totale à laquelle nous sommes tous conviés, à tous les niveaux et elle signe la fin de sa rivalité avec les autorités, les enjeux de pouvoir qui la faisaient louvoyer et se compromettre : elle est le pouvoir absolu en se remettant entre nos mains.
Bien sûr, cela n’irait pas sans déranger quelques constitutionnalistes. Mais il faut voir dans la démocratie télévisuelle le rétablissement du projet démocratique, plus que le simulacre actuel qui consiste à imposer une bande de poivrots alors que nous avons le droit d’exiger à cette fonction - purement représentative de leur propre aveu - des acteurs de premier ordre. La vie est création : d’une sinistre farce, il est possible de donner naissance à une comédie douce et légère, la « comédie humaine », de recomposer une vie sociale « solidaire et créative ». « La Famille en Or », ce serait un peu tout cela à la fois, avec chaque année des gagnants différents. On ne s’ennuierait pas.
Soudain, le son du réveil… Une vieille chanson à la radio : « Non, non, rien n’a changé, tout, tout a continué… ».
Demain, peut-être, à la télévision…
18:55 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Belgique
12/12/2004
Défloration 01
Eh bien, comme beaucoup d'autres avant moi, j'ai décidé de franchir le pas... J'ai créé mon blog. Acte suicidaire d'une pauvre sociologue future chômeuse neuroplégique me diront certains, tentative désespérée de communication numérique avec les peuplades de Patagonie Occidentale penseront peut-être d'autres, quoi qu'il en soit, je déclare solennellement ouverte la Maison Borniol.
Attention, ce n'est pas une maison close. Même s'il existera toujours des clauses. Au contraire, c'est une maison ouverte à tous les délires de mon cerveau décérébré. N'hésitez pas à revenir régulièrement pour explorer les méandres du vide de ma boîte crânienne, "vous insérer dans le non-vide, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité" (merci Léo !).
Puisqu'on en est aux remerciements, je vais m'imaginer en train de recevoir le trophée de Miss Planche à Repasser au Camping municipal de Outsiplou les Bains (ce qui, au fond, n'est pas tellement éloigné de la cérémonie de remise des prix à Cannes ou à Los Angeles : il y a toujours une cruche sur un podium et des zozos hébétés qui tapent frénétiquement des mains) : dans le désordre, je remercie le hasard, la chance et ING Group. Anticipativement je remercie la Loterie Nationale et mon futur nouvel employeur. Rétrospectivement je remercie papa qui a baisé maman en 1980, je remercie maman de m'avoir su-porté depuis lors. Je remercie Sony pour avoir de la musique dans les oreilles, je remercie HP pour avoir créé mon pc avec tant de soin, je remercie les ouvriers à la chaîne chinois et coréens pour avoir des vêtements chauds sur moi. Et je vous remercie d'avoir lu ce message jusqu'au bout.
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